Presse – El Watan

Presse – El Watan2016-10-25T09:55:01+00:00

Mohamed Staifi, Coordinateur Coffee Erasmus+ Algérie, université de Montpellier

Coffee vise à mettre sur le marché du travail des diplômés employables

Par quels arguments et à travers quelle approche le projet co-construction d’une offre de formation à finalité d’employabilité élevée (coffee) compte-t-il réhabiliter les formations bac+3, boudées par les étudiants, même si elles «professionnalisantes» ?

Il s’agit en un premier lieu de réhabiliter les licences professionnelles (lp) qui correspondent pourtant à un besoin réel, celui de la disponibilité de cadres moyens, et qui peuvent donc aboutir plus aisément à des débouchés professionnels. L’employabilité est au cœur de notre approche, la notion d’employabilité élevée garantie par une reconnaissance documentée et dynamique des besoins précis des employeurs favorisera certainement les diplômés dont l’objectif est bien d’entamer une carrière au plus vite. bien mieux que les cursus de niveau élevé LMD, qui semblent drainer plus d’étudiants, méconnaissant leurs compétences et leurs ambitions réelles et assez crédules pour se retrouver à la fin d’un cursus inadéquat, dans la catégorie des surdiplômés sous-employés.

Les 18 licences-pilotes que le programme coffee compte initier à l’université, outre le rapprochement concret avec les professionnels, seront, de par leur co-construction, des formations d’excellence dont la finalité est de mettre sur le marché du travail des diplômés employables, selon une démarche qui met en visibilité la relation entre diplôme, compétence et emploi.

L’employabilité des diplômés reste une finalité plus ou moins floue depuis l’avènement du LMD. Comment intégrer ce paramètre dans la définition et la construction d’une offre de     formation?

D’abord en étant plus attentif aux besoins du secteur économique, mais aussi par la formation de spécialistes pour la définition de ces licences, notamment par une approche dite APC (approche par les compétences).

Cela passe, entre autres dispositions, par la création de répertoires de formations, de compétences et de métiers pour garantir une bonne lisibilité et une meilleure mise en relation de l’offre et de la demande La notion d’employabilité sera concrètement intégrée et bien au-delà renforcée par un ensemble d’enseignements transversaux dont une bonne part sera inculquée en entreprise, notamment par des stages mieux définis, où l’effort pédagogique des enseignants rejoint l’implication de cadres professionnels pour favoriser une immersion précoce de l’apprenant dans le monde de l’entreprise.

Cela garantira une intégration directe du diplômé qui sera, dès le début de son recrutement, opérationnel, ce qui économisera autant pour l’entreprise que pour le nouvel employé un temps précieux en passant outre la période d’adaptation souvent contraignante avant que les jeunes recrues atteignent le plein de leurs performances.

Quelle sera la part de l’enseignement réservée à la communication et à l’amélioration des compétences linguistiques, qui sont souvent un frein à l’intégration des jeunes diplômés malgré leurs compétences techniques ?

Justement, à la lumière de quelques sondages auprès des employeurs, beaucoup reprochent aux nouvelles recrues, malgré une certaine maîtrise technique, de lourdes insuffisances en matière de communication, ce qui les défavorise injustement mais encore porte atteinte aux performances mêmes de l’entreprise.

ainsi, les nouvelles offres de formation, en sus des compétences techniques propres à chaque domaine, tendront désormais à inculquer, grâce à l’introduction d’enseignements transversaux, les pratiques propres à la communication en entreprise. Il sera certes question de renforcer la maîtrise des langues au futur diplômé, mais également lui faire acquérir plus concrètement à travers des outils particuliers la capacité d’organiser ses idées pour mieux les communiquer, que ce soit par la rédaction de courriers ou autre rapports professionnels ou par la prise de parole qui appelle naturellement de solides notions psychologiques.

Les futures licences-pilotes qui seront élaborées incluront ce que vous désignez par «projet personnel de l’étudiant». Qu’en est-il au juste ?

Le projet professionnel personnel de l’étudiant est une nouvelle approche qui favorisera son implication dans la définition des contours de sa future carrière et par là même renforcera certainement sa motivation et lui donnera une vision plus claire de sa future vie professionnelle. Il s’agit d’encourager l’ étudiant à mieux se connaître et à identifier lui-même ses capacités de manière succincte afin d’identifier les perspectives les plus prometteuses, mais qui soient également raisonnablement en adéquation avec son réel potentiel.

Pouvez-vous nous décrire plus concrètement cette approche ?

Il s’agit, sur une période qui peut s’étaler de 3 à 4 semestres, de fournir à l’étudiant en un premier lieu une somme d’informations sur le secteur visé ; ensuite, à travers une série de tests d’évaluation, y compris psychologiques, l’étudiant sera appelé à identifier lui-même ses préférences pour s’orienter ainsi vers le développement de compétences particulières mises en relation avec un métier spécifique.

Pensez-vous que les jeunes étudiants débutants possèdent, à ce stade, les moyens intellectuels pour effectuer leur autoévaluation ? Comment seront-ils accompagnés pour réussir l’élaboration de cette partie décisive de leur formation ?

La part du travail personnel de l’étudiant est l’un des principes fondamentaux du système LMD, mais il ne s’agit pas là d’abandonner l’étudiant à son propre chef, bien au contraire. Les approches qui seront mises en application dans le cadre de ces premières licences-pilotes favoriseront concrètement le rôle du tutorat à l’université au même titre que le mentorat de la part du partenaire économique pour mieux accompagner et préparer l’étudiant en amont, pendant la formation, à s’intégrer dans l’entreprise.

Ainsi, il aura une plus grande part d’implication de l’apprenant mais il faut savoir que de telles approches inclusives s’opèrent sous un strict système d’évaluation continu qui sera pareillement installé par les équipes formatrices, afin de rendre l’évolution de chaque offre de formation, tous domaines confondus, parfaitement lisible selon des grilles de lecture d’évaluation succinctes et homogènes.

Des conseils d’évaluation seront également mis en œuvre pour garantir une dynamique constante de chaque offre de formation, et être rapidement réactifs face aux évolutions du monde du travail comme au Fred back formulés autant par les employeurs que les premières promotions insérées.

Comment comptez-vous pérenniser et faire profiter les autres établissements de ce dispositif ?

Par définition, notre programme Coffee est un projet structurel, adopté par le ministère de l’Enseignement supérieur. les formations-pilotes créées dans ce cadre serviront de modèle pour les besoins de création de futures licences professionalisantes par la réalisation d’une matrice structurelle définissant le cadre et les procédures de la cocréation des formations et également, entre autres recommandations, la réalisation de la plateforme collaborative qui permettra la poursuite de la démarche Coffee.

Mohamed Staifi

 

[gdlr_divider type= »solid » size= »50% » ]

 

Conçu pour l’université algérienne, Naïma Djekhar

Le projet Coffee cible la formation professionnalisante

Il est légitime de souscrire à toutes les politiques susceptibles de contribuer à redresser la courbe du chômage. L’université, en tant que vestibule de la main-d’œuvre qualifiée, s’aligne sur l’ensemble des stratégies promettant de l’emploi à ses diplômés.

Le dernier procédé adopté en la matière est certainement le projet Coffee pour «Construction d’un office de formation à finalité d’employabilité élevée». Et ce n’est pas une lubie compte tenu de la rareté des perspectives et débouchés qui s’offrent aux diplômés de certaines filières.

L’université Mentouri en sait quelque chose puisqu’elle est secouée par des mouvements de contestation en raison de diplômes inexistants dans la nomenclature de la Fonction publique.

Présenté dimanche dernier au campus des 500 places pédagogiques de l’université Mentouri, le Coffee est perçu comme l’ultime moyen de vaincre le chômage des jeunes diplômés. Une planche de salut censée inverser la tendance et faciliter l’accès au monde du travail.

Relevant du programme d’échange d’étudiants et d’enseignants entre les universités et les grandes écoles européennes, en l’occurrence Erasmus+, le projet Coffee, d’une durée de trois ans, regroupe 18 partenaires, dont le ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique (MESRS) ; neuf universités algériennes ; deux partenaires socioéconomiques qui sont la Chambre algérienne de commerce et industrie (CACI) et l’Association pour le développement et la promotion de l’entreprise ADPE ; un centre de compétence, le Forem-environnement et cinq universités européennes. Il est coordonné par l’université de Montpellier (France).

Lancé en octobre 2015 pour prendre fin en 2018, ce projet est soutenu par la Commission européenne et doté d’un budget de plus de 900 000 euros. Il ambitionne de répondre aux besoins du secteur socioéconomique algérien en cadres moyens rapidement opérationnels par le biais de la création de formations professionnalisantes de niveau bac+3. Une maquette pour la construction de 18 licences professionnalisantes aux fins de renforcer la relation université-entreprise sera élaborée. Des licences professionnelles en mécanique, sciences topographiques et énergies renouvelables ont été retenues par l’université Constantine1.

Il est de notoriété publique que le système éducatif algérien forme peu de cadres moyens (bac+3), une catégorie pourtant très structurante pour l’économie. Pour y remédier, le projet Coffee se base, dans sa démarche, sur l’approche par les compétences et l’identification des partenaires socioéconomiques en relation avec les profils des métiers objets de ces formations.

«Dans le système universitaire algérien, seulement 5% des formations se disent professionnalisantes. Reste à savoir si elles le sont réellement» s’est questionné Nadjib Kazi Aoual, responsable du projet Coffee. Et de le résumer comme suit : «Il s’agit de permettre aux universitaires et aux professionnels de se rencontrer pour construire ensemble des licences professionnalisantes.» Pour ce faire, il faut au préalable dresser un état des lieux relatif à la réalité de l’emploi et à la dimension qualitative des diplômes pour pouvoir se projeter dans cette nouvelle formule.

Selon les statistiques, près de 16% des jeunes diplômés algériens se trouvent actuellement sans emploi. Cette réalité est connue de tous. Et même ceux qui ont eu la chance de décrocher un contrat l’ont fait dans le cadre exclusif du dispositif «emploi de jeunes». Une précarité doublée d’une utilisation à «mauvais escient» puisque la recrue n’est jamais placée dans son secteur de prédilection.

Il existe des formations universitaires qui ne correspondent plus à la réalité du marché de l’emploi. Le constat a été dressé par des universitaires, notamment lors de la conférence sur la réforme du système LMD tenue les 12 et 13 janvier dernier. «Les connaissances théoriques peuvent être bonnes, mais ces jeunes, qui sont surdiplômés (bac+5 et bac+8), ne sont pas pour autant opérationnels. Pour un chef d’entreprise, il faut compter entre une et trois années avant de rentabiliser une embauche», dixit Nadjib Kazi Aoual.
LA LANGUE… CE HANDICAP

Chefs d’entreprise, chambres de commerce, acteurs économiques, universités et ministères des deux côtés de la Méditerranée se sont donc penchés, ensemble, sur le berceau de Coffee dont l’enjeu est d’innover en matière de cursus de formations répondant aux besoins concrets de la société algérienne. Reste l’adhésion des acteurs économiques invités à formuler leurs besoins en cadres moyens pour une meilleure employabilité des compétences. Lors de la présentation, dimanche dernier, du projet Coffee, les quelques opérateurs économiques présents dans la salle de conférence avaient visiblement ses exigences professionnelles.

Du débat amorcé, il ressort que le secteur de l’entreprise fait face à des écueils particulièrement liés à la non-maîtrise des langues française et anglaise, l’inadaptation de certaines filières à la réalité économique et l’absence totale de certaines spécialités inhérentes notamment au secteur du BTP qui est pourtant le plus grand pourvoyeur d’emplois.

A l’université Mentouri, près de 3000 étudiants ont bénéficié de stages de formation durant le cursus 2015, selon la vice-recteur, Nadia Ykhlef. Cela reste certainement insuffisant quant on apprend que «seulement 5% des étudiants en mastère dans les universités algériennes sont inscrits en doctorat et que 85% des titulaires de mastère ne sont pas formés à l’emploi».

Pour le coordinateur du projet, il est temps de franchir le pas de «l’enseignement utile». C’est donc aux universités algériennes de s’emparer de ce programme et à elles aussi d’imaginer, avec leurs partenaires du monde socioéconomique, d’autres formations à venir. Car l’idée est aussi d’impulser un changement profond en suscitant chez les industriels et les universitaires l’habitude de travailler ensemble.

Naïma Djekhar